L'Union du Cantal 17 février 2016 à 08h00 | Par Jean-Marc Authié

Le monde paysan au bord du gouffre

La FDSEA et les JA ont invité Vincent Descœur sur l’exploitation de Christophe Puech, à Arpajon, afin de faire le point sur la situation.

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arce que l’heure n’est plus à la palabre mais à la prise de conscience, les responsables agricoles tirent toutes les sonnettes d’alarme possibles pour se faire entendre. Vendredi, FDSEA et JA ont donc invité Vincent Descœur, président du Conseil départemental, pour un état des lieux in situ, chez Christophe Puech à Cantournet d’Arpajon-sur-Cère. Au-delà des actions, parfois virulentes, il y a aussi des moments d’explications. Si la profession agricole veut se faire entendre, c’est que la situation l’exige et qu’au-delà de la prise de conscience, il faut une réponse rapide à une détresse qui ne fait que grandir.

Vincent Descœur, président du Département, et Christophe Puech, éleveur laitier à Arpajon.
Vincent Descœur, président du Département, et Christophe Puech, éleveur laitier à Arpajon. - © J.-M. A

“Je n’ai plus de vie de famille”

Et pas besoin de longs discours quand on peut avoir aussi le témoignage d’un paysan. “J’ai fini l’école à 17 ans. J’ai été aide familial avant de pouvoir m’installer avec un peu de lait. Jeune, j’avais de l’ambition et j’ai construit mon exploitation, mes trois bâtiments en plusieurs étapes et toujours en achetant des quotas. J’ai fait ça toute ma vie pour arriver à 570 000 litres et 83 hectares. ­­­J’ai tout doublé, mais j’ai aussi triplé mon temps de travail car aujourd’hui, je suis tout seul.” Face à Vincent Descœur, Christophe Puech s’exprime tout simplement sur un quotidien devenu un crève-cœur. “Je n’ai plus de vie de famille. Je ne fais que bosser, mais pourquoi ? J’y arrive encore pour l’instant car la solidarité est là. J’ai fait des efforts, on m’a promis des prix. J’ai fait tout ce qu’on m’a dit, mais aujourd’hui, je suis pris à la gorge.” Et d’enchaîner en lâchant des chiffres. “En 2014, on me payait le lait à 378 €. Ça été 313 € pour 2015. Au final, j’ai perdu 37 500 € l’an dernier. Je suis donc obligé de me tourner vers les banques pour trouver des solutions. Cette année, on m’annonce le lait à moins de 300 €. Je ne sais plus quoi faire. Qu’est-ce qu’il me reste, la décapitalisation ? Je suis écœuré car j’aimais mon travail, mais là c’est fini. Le gouvernement ne fait plus rien et nous laisse tomber.” Aux côtés de Patrick Bénézit, président de la FDSEA, Benoît Aurières, président des JA, ou encore de Nicolas Cussac, président de la section laitière, les propos de Christophe Puech font mouche. Loin d’être insensible, Vincent Descœur s’exprime. “Il y a le feu à tous les étages et pour le lait en particulier. L’Europe agricole ne fonctionne plus et il faut relayer ce message. Car il ne faut pas se tromper, le Département joue gros lui aussi. Sur le lait, on a toujours été habité par l’enjeu. On était de la modernisation des outils. Là, il y va de l’avenir de la production.” Le président préconise alors de “remettre le doigt sur la régulation laitière par un débat au Parlement européen. Il faut plus de considération de la GMS. Il faut trouver un angle “production de montagne” et continuer de choyer les AOP.”

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