L'Union du Cantal 06 mars 2019 à 17h00 | Par P.Olivieri

Un Cantalien à la tête de la Fédération française de sports de traîneau

Les journées d’Antoine Lemoine ne sont pas de tout repos : prof de maths, maire d’une petite commune rurale, musher et président de la Fédération nationale des sports de traîneau.

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Antoine Lemoine et son équipage.
Antoine Lemoine et son équipage. - © A. LEMOINE

Antoine Lemoine n’a pas neuf vies comme les chats mais au moins quatre qu’il mène de front. À Allanche, il enseigne les fractions, la trigonométrie, l’algèbre... à ses élèves collégiens. À Chavagnac, c’est monsieur le maire qu’on vient rencontrer. Depuis toujours, cet enseignant à mi-temps(1) est aussi un féru de disciplines de pleine nature : ski, randonnée,...  Diplômé d’État, il pratique les sports de traîneau “depuis que je suis gamin”, en enchaînant les compétitions. Repéré pour ses performances, il intègre l’équipe de France avant d’être nommé DT - directeur technique - de la Fédération française de sports de traîneau (FFST).

Sur les traces de la Grande Odyssée


Sélectionneur des Tricolores, il conseille et encadre les cham-pions internationaux tout en étant investi au sein de l’ATCB, l’Alaskan traîneau Cantal club. Une association créée dans l’Oise par ses parents, dont il va reprendre le flambeau en 1995 et qui organise, depuis son installation dans le Cantal, deux manifestations : la course Puymarod et la randonnée de la Pinatelle. Lui-même n’hésite pas à s’aligner sur des épreuvres mythiques dont la Grande Odyssée, 800 km à parcourir en étapes avec ses chiens à travers les Alpes et leurs dénivelés.
“Il y a cinq ans, l’occasion s’est présentée de prendre la présidence de la FFST, j’y suis allé”, indique Antoine Lemoine qui, en l’espace de quelques années seulement, a réussi avec son équipe fédérale à doubler le nombre de licenciés, qui a franchi la barre du millier. Le Cantal en compte une trentaine.
Objectif de la FFST : promouvoir et œuvrer au développement des sports de traîneau sur neige et sur terre : car si on pense naturellement aux attelages avec les chiens, les disciplines sont variées : ski-joering, ski-pulka (traîneau), VTT-joering,  canicross,  cani-marche, kart,
patinette...
Et les Français excellent dans ces sports nordiques. “Pour la première fois, avec l’association Lekkarod(2), on a organisé en France à Bessans (Savoie), les 18es championnats du monde de skidog et traîneau à chiens avec plusieurs médailles d’or à la clé, notamment dans la catégorie sprint 4 chiens”, se félicite celui qui exploite avec ses frères la station de pleine nature du col de Serre depuis début février (lire L’union du 27 février).

Un couple de champions

Parmi les Bleus médaillés, le Cantalien Philippe Hoffer. Isabelle Lemoine, l’épouse d’Antoine, finit elle au pied du podium, en quatrième position dans la catégorie 6 chiens moyenne distance (40 km). Isabelle a pris le relais de son mari : décuple championne de France, cham-pionne d’Europe en 2018, elle a été invitée il y a trois semaines à la soirée des champions de sports olympiques, même si les sports de traîneau ne sont pour l’heure qu’en présentation aux JO. À la tête d’une meute de 16 chiens alaskan, elle s’entraîne de septembre à mai trois à quatre fois par semaine, séances qui deviennent hebdomadaires en été en raison des températures.
“Dans le Cantal, ça reste compliqué de s’entraîner, l’accès au domaine nordique n’est pas évident. Beaucoup de mushers s’entraînent dans la forêt de la Pinatelle”, explique Antoine, pour qui les qualités d’un bon musher sont le feeling avec les chiens, allié à une parfaite connaissance de la physiologie et de la psychologie de l’animal. “La génétique des chiens est forcément primordiale mais la nutrition doit aussi être très pointue, indique le président national. On décline pas mal de techniques du trail aux chiens de traîneau.”
Un musher qui doit être à l’affût du moindre “coup de mou de tel ou tel animal de son attelage”, avec pour enjeu de maintenir le “ will to go”, l’envie, l’excitation de s’élancer et d’avancer.

P. Olivieri


(1) Mobilisé ces dernières semaines contre la baisse des dotations horaires allouées aux “petits” collèges ruraux.
(2) La Lekkarod (du mot lekka qui veut dire chien en patois savoyard bessanais) est une course longue distance par étapes étrenée en 2015 à l’Alpe d’Huez, dont les objectifs “correspondent à une véritable philosophie pour le sport de traîneau à chiens”: respect du chien, des concurrents, de la nature...

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