L'Union du Cantal 25 février 2003 à 00h00 | Par Pascal Piganiol

Projet de réforme de la Pac - Des moyens en contradiction avec les objectifs affichés

Projet "dangereux", qui signerait "la fin des aides animales", "à des années lumière de ce qu´attend la société" : la FDSEA et les JA ont pris position contre les propositions de réforme de la politique agricole commune de la Commission européenne. S´ils sont d´accord sur les objectifs, ils ne le sont pas du tout sur les moyens proposés.

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En juillet 2002, le commissaire européen à l´agriculture avait présenté un premier projet de révision de la Pac à mi parcours, déjà dénoncé à l´époque par la FDSEA et les Jeunes agriculteurs, comme le rappelle Patrick Escure, président de la FDSEA. Puis il y a eu, lors d´un sommet des chefs d´Etat, un accord entre Chirac et Schroeder "qui laissait penser qu´on ne réformerait pas la Pac d´ici 2006, dit-il. Finalement, la Commission européenne est revenue à la charge en janvier avec un projet que nous jugeons inadmissible et désastreux pour l´agriculture cantalienne, française et européenne"."On capitule face à l´OMC"Mardi, au cours d´une conférence de presse, aux côtés d´Antoine Croutes, président des Jeunes agriculteurs, il a dénoncé "une capitulation de l´agriculture européenne face aux négociations de l´Organisation mondiale du commerce", une volonté d´aligner les prix des produits agricoles européens sur les prix mondiaux, au travers d´un projet qui parachève la fin de la régulation des marchés, les baisses de prix, en introduisant un principe de découplage des aides que les deux syndicats condamnent en bloc.Tout comme Antoine Croutes, Patrick Bénezit, président de la section bovine de la FDSEA, parle d´argumentation fallacieuse : "Si tout le monde peut être d´accord avec les objectifs affichés par le commissaire européen, à savoir une agriculture pourvoyeuse de produits de qualité, respectueuse de l´environnement et de la santé des consommateurs, il faut que l´opinion publique sache que les moyens proposés sont en totale contradiction avec ces bonnes intentions", déclare Patrick Bénezit. "On est à des années lumière de ce qu´attend la société", confirme Antoine Croutes.Une présentation fallacieuseAinsi, Chantal Cor, présidente de la section laitière de la FDSEA, se demande comment on va garantir la sécurité et la traçabilité des produits en laissant entrer des produits à bas prix venus de pays tiers qui n´offrent ni les garanties sanitaires, ni celles de respect de l´environnement en vigueur dans l´Union européenne. "Comment peut-on prétendre encourager la qualité des produits et en même temps diminuer leur prix ?", interroge Patrick Escure."On assiste finalement à une récupération de tous les débats sur la malbouffe par les plus ultra-libéraux des commissaires européens, qui se servent des épouvantails qu´on a agités ces derniers mois devant l´opinion publique pour proposer une réforme qui aura quand même pour effet de flinguer en premier un élevage extensif dont les produits correspondent justement à ce qu´attend la société", surenchérit Patrick Bénezit.Dans le détail, pour le secteur laitier, Chantal Cor note que la Commission propose une diminution de l´intervention, une augmentation des quotas et une baisse du prix de base de 25 %. "Alors que nous avions su nous organiser à travers les quotas laitiers, on veut maintenant casser cette gestion du marché pour faire baisser les prix", dit-elle. "Et si on baisse encore les prix, demain, il n´y aura plus de producteurs laitiers dans nos zones"."Ce serait la fin des aides animales"Dans le secteur bovin, ce projet signifierait la fin des aides animales, reprend Patrick Bénezit, jugeant qu´aucun agriculteur ne pourra se soumettre à "l´éco-conditionnalité" des aides proposée par la Commission. De la même manière, FDSEA et JA réfutent le principe d´un découplage des aides, qui seraient désormais uniquement liées au nombre d´hectares et plus à la production. "Ce système pousserait à l´agrandissement et à la diminution du nombre d´agriculteurs… ce qui est finalement l´objectif inavoué recherché par Bruxelles", relève Antoine Croutes."Il faut absolument que la France considère ces propositions suicidaires pour notre agriculture", déclare le président des JA, qui se dit inquiet de la position ambiguë prise par le ministre français de l´Agriculture. La FDSEA et les JA ont lancé mardi un appel aux responsables politiques français et européens afin qu´ils fassent barrage à un projet "qui laisse peu de perspectives à l´agriculture de nos zones".

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