L'Union du Cantal 05 mai 2010 à 14h49 | Par R. Saint-André

Pas d’aménagement sans une autre politique de l’État

Table ronde sur le thème de l’aménagement du territoire. Une tribune pour dénoncer le désengagement de l’État.

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Ecoles, postes et télécommunication, entretien des réseaux d'électricité, rail, route... Autant de thèmes liés à l'aménagement du territoire, abordés le 26 avril, lors d'une table ronde organisée par des syndicats ouvriers et paysans (CGT, FSU, Unsa, Sud, SMSA, Confédération paysanne et Modef) ; autant de sujets aussi pour lesquels la stratégie de l'État a été clairement pointée du doigt. Et là où la qualité de service public n'est plus, le territoire moins attractif ne peut se défaire d'une spirale qui risque de le mener à la désertification.
Un tableau très sombre, donc, dressé par sept intervenants. "Non, tout n'est pas noir dans le département", oppose le sénateur Jacques Mézard, président de la Communauté d'agglomération d'Aurillac. Même s'il reconnaît des propos relativement exacts, il préfère parler de "responsabilité collective". Et de prendre pour exemple le peu d'intérêt accordé par les Cantaliens à la réunion de ce lundi soir, à Aurillac.

 

 

Des chiffres inquiétants

Michel Soulié a été le premier à ouvrir les hostilités, sur le thème du désenclavement, en avançant les premiers chiffres : "Sur 570 agents du rail en 1984, il n'en reste que 185 aujourd'hui ; le Cantal passe de 20 gares distributrices de billets à dix seulement, en 20 ans ; sur la même période, deux gares de marchandises subsistent, là où on en comptait 20..." Son discours n'est pas plus réjouissant sur le volet routier. Mais il a une idée : faire de la RN 122 un véritable "barreau inter-autoroutier" entre A 20 et A 75, en reclassant l'actuelle RD 926 -entre Murat et Saint-Flour - en route nationale, permettant sur un tracé bien plus rectiligne que Murat - Massiac de prévoir des zones de dépassement à deux fois deux voies. À propos d'éducation, Patrick Sanudo sort également quelques chiffres parlant : "Cinq cent vingt-six écoles en 1950, 162 aujourd'hui et 123 communes sur 260 n'ont plus d'école". Plus proche de nous, il évoque les 85,5 postes d'enseignants, perdus entre 2000 et 2009 pour un effectif scolarisé semblable. Il s'avoue las d'entendre le même discours de la part de l'Inspection académique, relatif au taux d'encadrement et aux comparaisons avec des moyennes nationales. "Raisonner en moyenne dans le Cantal n'a aucun sens (...) et conduit à des déserts scolaires : dans le Cézalier, une école tous les 150 km2 ; dans le Caldaguès, neuf communes pour six classes dans deux écoles..." Même constat d'abandon de postes dans le second degré. Mais aussi dans le domaine de l'énergie ou de la distribution du courrier. Même le secteur de la santé est touché sévèrement à en croire Christian Navaro. L'agriculture est également sinistrée. Conséquence là encore de décisions politiques, selon Serge Balthazar, qui s'exprimait au nom des trois syndicats agricoles partenaires de l'organisation de la table ronde. "Entre 1990 et 2008, le Cantal a perdu 2,960 exploitations agricoles, soit une perte de 5,120 emplois", soulève-t-il. Pour limiter la casse, il prône notamment la fin de la concentration des outils de production et une meilleure répartition des marges commerciales (pour le porc, par exemple, "c'est - 26 % au producteur et + 25 % au consommateur" dans le même temps). Voilà pourquoi il croit aux filières courtes et de proximité.

 

Le "déménagement" de droite comme de gauche
Alain Seriès, pour sa part, s'est félicité de participer à un débat qui aura eu le mérite de mettre en lumière des problématiques partagées par de nombreux secteurs économiques. "Ce n'est qu'ensemble que nous pourrons faire bouger les choses". Pas forcément si politique qu'on pouvait le craindre de prime abord, cette rencontre s'est en effet conclue sur l'idée que "le déménagement du territoire dure depuis si longtemps, qu'on a la preuve qu'il n'est ni de droite, ni de gauche".
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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