L'Union du Cantal 20 février 2008 à 00h00 | Par Patricia Olivieri

Les ménages cantaliens ne vont plus voir ailleurs

La CCI a présenté la semaine dernière à ses ressortissants les conclusions d’une étude sur les flux de consommation laissant apparaître de nouveaux comportements.

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Selon la rumeur, la ménagère de moins de 50 ans, cible des stratégies marketing, serait tentée d’aller faire soldes, courses et shopping dans les villes préfectures des départements voisins, plus attractives et attrayantes que celles du Cantal. L’étude présentée jeudi dernier aux ressortissants de la CCI du Cantal est venue infirmer cette croyance en démontrant la relative performance du tissu commercial cantalien en place. Devant un public relativement limité malgré l’intérêt de l’analyse, Bernard Bouniol, président, et Jean-François Roche, à la tête de la commission commerce de la chambre consulaire, ont commenté les principaux enseignements de cette enquête téléphonique réalisée en mars 2007 sur l’ensemble du territoire auvergnat.

Le non-alimentaire moins consommé

L’objectif de cette nouvelle étude, qui vient actualiser celle commandée en 2004 par la Chambre régionale de commerce et d’industrie, est de connaître les flux commerciaux dans nos bassins d’activité et les comportements des consommateurs, a exposé Bernard Bouniol. Qui achète quoi, où et pour combien ? C’est à ces quatre questions qu’il s’agit d’apporter une réponse”. Premier constat, les ménages cantaliens (résidents dans le département) consomment en valeur 8 % de moins que la moyenne nationale, sachant que l’enquête porte sur 51 produits de consommation courante, alimentaires ou non, excluant les dépenses dans les secteurs du tourisme, de l’immobilier ou de l’automobile. Et c’est exclusivement sur les produits non-alimentaires que s’établit ce différentiel, puisque la dépense alimentaire cantalienne est strictement équivalente aux chiffres nationaux. La progression de 8 % de la dépense globale, qui s’établit à 931 millions d’euros en 2007 dans le Cantal, s’avère assez proche de l’évolution du nombre des ménages (+ 4 % sur l’Auvergne), compte tenu de l’inflation. L’analyse plus fine de ces dépenses de consommation courante, qui n’atteint que 20 % du budget total (le reste étant réparti entre logement, transports, services...),  démontre la prépondérance du secteur alimentaire (44 %), devant les dépenses consacrées à l’équipement de la maison (17 %), à la culture et aux loisirs (15 %), à l’équipement de la personne (13 %), enfin à l’hygiène, la santé et la beauté (11 %). Elle révèle en outre la tendance de fond observée partout en France, à savoir un transfert des achats de consommation courante des commerces traditionnels (deux points perdus par rapport à 2004) vers la grande distribution (+ 2 points). Les commerces de moins de 300 m2 (traditionnels) génèrent 30 % des achats, contre 36 % dans les hyper ou supermarchés, 21 % dans les grandes surfaces spécialisées et moins de 10 % pour le pool “hard discount, vente à distance ou commerces non sédentaires”. 

L’enquête de mars 2007 révèle également un retour des consommateurs vers les bourgs-centres.
L’enquête de mars 2007 révèle également un retour des consommateurs vers les bourgs-centres. - © P. O.

Un retour vers les bourgs-centres

Sans grande surprise, la question de la répartition de ces achats par agglomérations fait clairement apparaître le poids conséquent du bassin aurillacois : sur 931 millions d’euros de dépenses cantaliennes, 480 le sont sur le bassin d’Aurillac, qui se place au cinquième rang régional, derrière Clermont, Vichy, Montluçon, Le Puy-en-Velay et Moulins. Le poids de l’agglomération aurillacoise (369 millions d’euros en 2007) est proportionnellement encore plus fort face aux 102 millions de celle de Saint-Flour, aux 52 millions de celle de Mauriac ou aux onze millions de Murat. Cette hégémonie de la préfecture cantalienne masque cependant un phénomène nouveau, décrit par le directeur du Géant Casino d’Aurillac, Christian Millette, celui d’une “relocalisation” des achats sur les bourgs-centres. La progression de près de 30 % dans certaines de ces agglomérations plus rurales laisse d’ailleurs rêveur Christian Millette, qui juge cette évolution plutôt pérenne, dans un contexte de hausse du coût des carburants. “Les supermarchés locaux sont au niveau de leurs prix, aussi compétitifs que notre hyper, les consommateurs se détournent donc des grands centres commerciaux sans revenir pour autant vers le commerce traditionnel”, a avancé Christian Millette comme autre explication. Des propos qui se sont néanmoins voulus sans misérabilisme : “Notre commerce ne se porte pas plus mal qu’ailleurs, mais nous sommes dans un schéma de stagnation”, a ajouté le directeur du centre commercial aurillacois. “Ce que j’en retiens, c’est que notre équipement commercial est de grande qualité, qu’il y a une autosuffisance de notre zone d’activités, qui couvre quasiment tous les besoins des consommateurs”, a conclu Bernard Bouniol. Une vision confortée par les données de l’étude relatives à l’évasion commerciale : qu’il s’agisse en effet du pôle d’Aurillac (voir encadré) ou du Nord-Est du département, “soumis il y a quelques années à une forte évasion des consommateurs du fait de l’A 75”, les commerces du Cantal conservent une capacité de rétention relativement forte, hormis pour certains équipements, comme ceux à la personne. Un bilan globalement rassurant, qui n’a pas pourtant pas occulté un mois de février catastrophique aux dires de plusieurs commerçants présents jeudi dernier. 

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