L'Union du Cantal 11 janvier 2017 à 08h00 | Par P.Olivieri

La vache masquée qui catapulte l’image du Cantal

Les performances un peu “givrées” de Charles Dauzet et ses potes font le buzz depuis plusieurs mois sur le Net et attirent le zoom des caméras sur les grands espaces cantaliens.

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L’histoire ne dit pas si dans une autre vie Charles Dauzet aurait rêvé d’envoyer des hommes sur la lune... Depuis deux ans en tout cas, ce jeune Aurillacois dont la famille puise ses racines du côté de Saint-Chamant, se projette - lui et ses potes - à des dizaines de mètres de haut ou de long, c’est selon la performance et la vidéo du moment. Arbalète humaine, slip and side (ventriglisse) tracté par une Peugeot 205 sur un toboggan artisanal géant, pendule - bricolé avec le système D - pour se lancer dans l’eau du haut d’une tour en bois, course poursuite à skis au milieu d’une forêt de feuilles automnales ou ski sur herbe sur les pentes du Puy violent au milieu de troupeaux salers quelque peu effrayés... : à l’impossible nul n’est tenu pourrait être la devise du créateur de la marque Rad Cow(1) et de l’association éponyme créées par le Cantalien de 24 ans, qui n’aime rien de plus qu’entreprendre des projets un peu fous ou du moins très complexes. L’aventure Rad Cow débute il y a trois ans sur les bords d’un lac de la vallée de la Bertrande : “On s’amusait à s’élancer sur une tyrolienne pour aller sur une île, se rappelle Charles Dauzet. L’année d’après, on a confectionné un toboggan et on s’est juste filmés avec nos téléphones portables.” Une version du slip and side que ce bricoleur dans l’âme va perfectionner en imaginant se faire tracter via un ingénieux dispositif d’enrouleur actionné par la 205 mascotte de la salers rouge masquée(2). Les retours sont positifs, et, inspiré par les Youtubers de l’extrême dont le Français Candide Thovex, skieur freestyler, le Cantalien, alors encore étudiant en master de commerce sur Toulouse, décide de s’équiper : drone, caméra semi-professionnelle, Go-pro, accessoires...

20 millions de vue...

Le tournage de cette version améliorée a lieu à l’été 2015 et la vidéo postée sur Youtube va décoller aussi haut que les projectiles humains de ce ventriglisse. Visionnée 450 000 fois sur la chaîne de Rad Cow, 1,5 million sur sa page Facebook, elle va être partagée, “piquée même par le site 20 minutes online” et reprise par tout un bouquet de médias pour dépasser les 20 millions de vues ! Du jamais vu justement. “Je ne pensais pas continuer, j’ai juste fait une autre vidéo de ski en mars 2016 puis une troisième plus originale de ski sur l’herbe...” Mais la graine est semée et l’emballement autour des vidéos de Rad Cow va rattraper le jeune homme diplômé en juin dernier. “Comme j’avais plus de temps cet été, on en a enchaîné pas mal d’autres : l’arbalète humaine, le ski nautique sur lac, le saut en haut d’une tour... le ski dans le métro à Toulouse et puis celle du Père Noël”, liste Charles Dauzet, qui affiche ainsi dix vidéos au compteur et autant de performances logistiques incroyables, en faisant appel aux coups de main de son père, mais aussi aux compétences de soudeur d’un mécano retraité de Sainte- Eulalie. Lui reste le maître d’œuvre et d’ouvrage : il se charge de contacter des entreprises pour récupérer des pièces adéquates, de trouver des sponsors (via des placements de produits : pâté, fromages du cru...), de passer des contrats avec des médias américains diffusant ce genre de vidéos de l’extrême, de sélectionner ou de faire réaliser sur-mesure les musiques de fond des vidéos, d’en assurer le montage, etc. Un vrai chef d’orchestre ou plutôt d’entreprise lui qui est en train de créer sa société pour proposer des solutions de collecte spécialisée de déchets recyclables (lire par ailleurs). “Ce qui m’intéresse avec Rad Cow, c’est que cela me sert d’entraînement à l’entrepreneuriat et,tant que j’ai encore du temps, des idées et qu’on s’amuse...” Et puis le concept Rad Cow commence à “être un peu rémunérateur...” glisse-t-il. Rien de mirobolant pour l’instant bien sûr, “mais ça devient intéressant” entre les pubs sur Youtube, les licences, le placement produits comme récemment avec une marque leader de planche à voile... S’il se défend de toute inconscience, Charles Dauzet reconnaît qu’il y a eu “de grosses gamelles, de beaux bobos et contusions mais rien de bien grave”. “Sur certains spots, on n’avait pas trop droit à l’erreur, le plus dangereux reste le toboggan, avec des sauts qui montaient à 8 mètres de haut et 30 de long”, explique celui qui a renoncé à assurer l’association mais qui, désormais, demande à ses copains de signer une décharge et de respecter une à une toutes les consignes d’un règlement intérieur. Il reconnaît aussi avoir eu des sueurs froides en amont du tournage de l’arbalète humaine : “Ça m’a pris trois mois pour cette fabrication 100 % artisanale avec des poutres prévues pour des charpentes métalliques, sachant que la tension de l’élastique approchait les deux tonnes...” Derrière l’aventure de la vache masquée, Charles Dauzet ne cache pas que lui et ses co- performers savourent de prendre une petite revanche en tant que Cantaliens expatriés et parfois gentiment brocardés sur ce pays froid et de vaches : “On a tous été étudiants dans des grandes villes, Toulouse,... et quand on voit les commentaires élogieux sur les réseaux sociaux, on trouve ça marrant. Les gens sont bluffés de voir ce qu’on arrive à faire toujours avec un côté artisanal qui plaît...”

Les acolytes de Rad Cow utilisent le département cantalien comme terrain de jeu(x). Pour des images forcément magnifiques.
Les acolytes de Rad Cow utilisent le département cantalien comme terrain de jeu(x). Pour des images forcément magnifiques. - © Rad Cow

La revanche des Cantalous

Très attaché à son département, Charles croit fermement à un retournement de tendance qui en fera dans quelques années un endroit prisé : “Moi je suis optimiste, peut-être que dans dix ans, tous ces gens dont la vie se résume à métro-boulot-dodo auront envie de prendre un bol d’air ici...” Lui reste convaincu qu’en parallèle d’un Cantal agricole peut émerger une vraie économie du numérique ici. Et on peut compter sur le jeune entrepreneur pour vanter les atouts de son territoire : “Le Cantal est un endroit préservé avec une qualité de vie assez exceptionnelle. Moi qui suis pêcheur, qui aime la nature, ce que j’adore c’est de pouvoir encore explorer librement un terriroire de reliefs, cette montagne...” Explorer et continuer à innover comme ce week-end où Rad Cow a encore sévi en déployant sur un étang gelé un véritable bowling vivant. À découvir sur la page Facebook de Rad Cow ou Youtube et bientôt dans le “66 minutes” de M6...

(1) Rad pour “radical” (équivalent anglais du “ouf” du langage “d’jeunes”). Et “cow” en référence à l’emblême bovin cantalien.

(2) La célèbre 205 a rendu l’âme mais a déjà trouvé un successeur...

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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