L'Union du Cantal 11 juin 2008 à 00h00 | Par Patricia Olivieri

L’installation ballottée au gré des courants financiers

Les JA ont tenu le 30 mai leur traditionnel comité départemental. Un bilan doux-amer entre maintien d’une dynamique d’installation cantalienne et crédits en érosion.

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L’exception cantalienne en matière d’installation est un peu à l’agriculture ce que le “French paradox” est à la diététique. Sauf que pour le coup, ce ne sont pas des éléments scientifiques qui expliquent cette dynamique de projets sur le territoire cantalien mais une politique volontariste conduite contre vents et marées dans une région pourtant réputée pour ses handicaps naturels. L’installation en agriculture continue donc de bien se porter, comme en attestent les chiffres exposés vendredi 30 mai dernier lors du Comité départemental installation, rendez-vous annuel des acteurs et partenaires, organisé par les Jeunes agriculteurs. Ce sont ainsi 113 jeunes chefs d’entreprises agricoles qui se sont implantés en 2007, en créant leur activité, reprenant une exploitation ou s’associant au sein d’une structure existante. Le Cantal représente ainsi à lui seul un tiers des installations aidées auvergnates (bénéficiant de la Dotation jeune agriculteur et de prêts bonifiés).

Des projets nombreux, des crédits en repli

Et les perspectives sont tout aussi favorables pour 2008 : à la fin mai, ce sont déjà 53 projets qui ont été validés, ce qui laisse augurer d’une stabilité pour 2008. Et la relève paraît assurée, du moins sur un court terme avec 128 stages “4 heures” (préparatoires à l’installation aidée) réalisés en 2007 et déjà 97 accomplis sur le premier semestre 2008. Au-delà, l’horizon semble s’assombrir avec un effectif de collégiens en chute libre (- 480 élèves entre les rentrées 2005 et 2009) dans le département. Encore une fois, le Cantal devra donc compter sur un vivier extérieur hypothétique pour assurer le renouvellement des chefs d’exploitation. Une situation dont sont bien conscients les responsables JA du Cantal, qui continuent de militer et d’oeuvrer en faveur de l’accueil et de l’accompagnement de projets portés par un public hors cadre familial. Des jeunes syndicalistes qui ont aussi et surtout pointé du doigt une année 2007  “catastrophique” en termes d’accompagnement financier par l’État des projets d’installation. À commencer par une mobilisation cahotique de l’enveloppe des prêts bonifiés, destinés à atténuer le coût des investissements de reprise ou création des exploitations, dont la moyenne dépasse en 2007 les 97 000 euros. Un montant fortement réévalué par rapport aux années précédentes, du fait de la suppression par les pouvoirs publics des prêts spéciaux de modernisation, au grand désarroi des futurs jeunes exploitants, comme l’a dénoncé Julien Fau, président des JA. “Nous avons dû aussi gérer la misère, en plafonnant les aides destinées aux cédants ou aux jeunes hors cadre familial”, a regretté pour sa part Nicolas Bardy, secrétaire général.

Julien Fau, président, et Nicolas Bardy, secrétaire général, ont dénoncé les économies budgétaires faites sur le dos des installations.
Julien Fau, président, et Nicolas Bardy, secrétaire général, ont dénoncé les économies budgétaires faites sur le dos des installations. - © P. O.

Des CFPPA menacés

Si les jeunes en phase d’installation ne devraient pas connaître les mêmes déboires en 2008, comme l’a assuré Guillaume Furri, chef de service à la DDAF, une nouvelle brèche vient d’apparaître, cette fois sur le front des crédits alloués par la Région aux centres de formation adulte. Tour à tour, Catherine Girardet, directrice du CFPPA de Saint-Flour et Jean-Pierre Brunhes,  directeur de l’EPLEA d’Aurillac, qui intègre le CFPPA, ont dépeint une situation dramatique pour les deux centres : 50 % du budget consacré jusqu’alors aux formations BP REA, CS, etc. sur Saint-Flour sont supprimés en 2008, un ratio encore plus élevé pour Aurillac. Et ce sont plus particulièrement les formations consacrées à la diversification (CS ovins, tourisme vert...) ou encore les filières agroalimentaires, où l’on dénombre pourtant des débouchés en plein essor, qui vont faire les frais de ce que certains ont appelé “une décision éminemment politique”, fruit “d’une guéguerre entre État et Région”. Pour les équipes enseignantes, c’est la douche froide, d’autant que les formations conduisant à l’installation vont également être affectées. Ainsi sur Aurillac, 32 demandes sont déjà enregistrées en BP pour six places seulement financées par la Région. “Si on casse l’outil, on ne refera pas marcher la machine” : image de Julien Fau rappelant que l’ignorance coûte bien plus cher que la formation. Joël Piganiol, élu de la Chambre d’agriculture, qui juge erronés les arguments avancés par le président de Région, a lui appelé à une réaction rapide du Conseil régional. Un appel visiblement entendu au vu du communiqué adressé le lundi suivant par la Région.

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