L'Union du Cantal 23 août 2006 à 00h00 | Par Renaud Saint-André

“L’idée des quotas marchands est une mauvaise solution”

Jean-François Navarro, secrétaire général des JA du Massif central, redoute les conséquences des “Acal 29”, qui ouvrent la voie aux quotas marchands.

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Jean-François Navarro : "Les quotas marchands sont une boîte de Pandore à ne pas ouvrir".
Jean-François Navarro : "Les quotas marchands sont une boîte de Pandore à ne pas ouvrir". - © L'Union du Cantal
Les Acal (Aides à la cessation d’activité laitière) permettent d’indemniser le producteur laitier qui abandonne son quota afin de l’attribuer gratuitement à un producteur prioritaire ; le financement étant assuré par les pénalités appliquées lors des dépassements de quota. A cela peut se rajouter, comme en 2005, la participation de l’Etat. Depuis peu, les producteurs bretons ont demandé et obtenu la possibilité de mettre en place un système d’Acal dites “professionnelles”, souvent appelées Acal 29 en référence au département où le système trouve son origine. La différence repose sur le fait que le quota est ensuite vendu au producteur acquéreur. La mise en place de ce dispositif appartient à chaque CDOA. Jean-François Navarro, secrétaire général des Jeunes agriculteurs du Massif central et responsable du groupe lait, s’offusque qu’un tel système puisse être mis en place.

“Une menace pour l’installation”
“C’est une mauvaise solution qui peut avoir des conséquences néfastes, particulièrement sur l’installation des jeunes, juge Jean-François Navarro. La profession agricole a toujours lutté pour la gratuité des droits à produire. Dans les pays européens où le quota est marchand, le litre de lait s’échange à des prix considérables pouvant atteindre plus de 1,50 euro ! Une charge considérable pour le repreneur. Même si les Acal professionnelles ne créent pas réellement de marché libre, c’est une boîte de Pandore à ne pas ouvrir. Je conçois difficilement que la profession se crée une charge supplémentaire dans le contexte laitier actuel et je n’accepte pas que les futurs jeunes agriculteurs puissent acheter un droit acquis gratuitement par leurs prédécesseurs. Par leurs politiques d’installation dynamiques, les départements du Massif central ont bénéficié d’attributions supplémentaires issues de réserves nationales. Dans le système proposé, la redistribution se fera au niveau départemental et nous n’attirerons plus de litrage supplémentaire pour nos zones. De plus, si les Acal professionnelles sont généralisées, la tentation des politiques sera forte de supprimer les Acal financées sur le budget de l’État. Afin de réduire les sous-réalisations sur notre région, nous sommes plutôt favorables à durcir certaines règles, par exemple passer de 70 % à 90 % l’obligation de production”.

"Trouver les moyens de créer de la valeur ajoutée"
"Etre obligé de compenser une perte de revenu par une augmentation de référence est la conséquence de choix politiques injustes. Nos élus doivent assumer la responsabilité des difficultés économiques des producteurs, mais l’expérience nous prouve malheureusement que nous pouvons compter sur leur incompétence, poursuit Jean-François Navarro. Il appartient aux entreprises et particulièrement aux coopératives de trouver les moyens de créer de la valeur ajoutée et de la retourner aux producteurs plutôt qu’aux grandes surfaces. Ceci est particulièrement vrai chez nous où les AOC et d’autres productions à haute valeur ajoutée sont nombreuses. Les jeunes agriculteurs ont bâti et défendent un projet de restructuration de la filière laitière qui poursuit cet objectif. S’il bouscule les habitudes, rien n’est trop ambitieux pour répondre à notre objectif : un maximum de producteurs vivant dignement de leur métier".

Un exemple concret
Dans le Cantal, une installation sur deux se fait avec un atelier laitier. C’est le cas d’Hervé Lavergne, jeune agriculteur installé en 2003 à Anglards de Rouffiac. Il dispose de 32 vaches laitières (et leur suite) sur 40 ha pour une référence de 185 000 litres. Il a trouvé cette exploitation à reprendre en fermage grâce au répertoire départemental à l’installation (RDI) géré par l’Adasea. Il est convaincu que s’il avait dû acheter son quota, assorti d’une éventuelle attribution supplémentaire sortie de la réserve, il n’aurait jamais pu concrétiser son projet. “J’ai déjà eu suffisamment d’investissement de départ”, souligne cet ancien salarié agricole en évoquant le matériel, le cheptel et la mise aux normes pour entrer dans la charte qualité. “Dans le système breton, mon installation aurait tout simplement été infaisable”, témoigne-t-il, en souhaitant que la CDOA de septembre n’acte pas un tel principe pour que d’autres installations, similaires à la sienne, puissent continuer de voir le jour.

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