L'Union du Cantal 18 août 2017 à 08h00 | Par M. VARNIEU

L’avenir de l’aubrac se joue-t-il à l’Est ?

Cet été, 70 génisses pleines et un taureau ont pris la direction de la Lituanie. Un marché en pleine expansion, avec des éleveurs fortement intéressés par le savoir-faire français.

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Mardi matin, en attendant d’être chargées dans le camion du transporteur polonais, une trentaine d’aubracs(1) profitent une dernière fois des pluies cantaliennes sur l’exploitation de Michel Bos à Cropières de Raulhac. Les espaces verts du Carladès et la vie de château, c’est terminé pour elles. Direction la Lituanie. Une trentaine de leurs congénères ont déjà fait le chemin il y a environ deux semaines et après trois jours de voyage et pas loin de 3 000 km parcourus, elles les retrouveront.

Service après-vente Ces jeunes aubracs partent pleines, et devraient vêler juste après Noël. Pour Michel Bos, éleveur sélectionneur installé depuis 1977, vendre à l’étranger représente un “bon débouché” dans une filière “qui tourne un peu en rond” : “Beaucoup se mettent à l’aubrac avec des veaux mâles qui se vendent 2 F de plus au kilo. Mais plus il y a de monde, moins il y a de marché... Alors, même si pour vendre il faut accepter des concessions, le marché s’ouvre et on essaye de le satisfaire.” Après la Roumanie l’an dernier, les pays de l’Est se révèlent être très friands de la belle vache au pelage froment. Les délégations n’hésitent pas à faire le déplacement dans le Massif central, comme à l’occasion de l’Ascension où des représentants lituaniens ont passé trois jours sur le territoire aubrac, en visitant de nombreuses exploitations. L’opportunité pour eux de cerner la filière dans sa globalité (naissance, engraissement,...). C’est à cette période qu’ils ont signé pour embarquer 45 aubracs, sur les 50 proposées par le Gaec Bos, un habitué de l’export avec notamment des embryons vendus dans les années 2000 aux États-Unis. “Quand ils viennent chez nous, il faut leur expliquer deux choses, poursuit le vice-président de la race : pourquoi on garde les cornes, et pourquoi on travaille en monte naturelle avec un taureau !” Et au fur et à mesure des rencontres, les a priori ont été balayés. “Avec les aubracs, on leur livre aussi le mode d’emploi.”

Avant, on expliquait ; maintenant, ils savent” Et ça, c’est surtout le travail de la SARL Nolorgues, basée à Golinhac, en Aveyron, présente sur la majorité des pays de l’Est. “Le marché avec la Lituanie est ouvert depuis 2004. Ils ont besoin de renouveler leur cheptel et ils accordent beaucoup d’importance à la façilité d’élevage, expose François Nolorgues. Le fait nouveau, c’est qu’avant, on devait expliquer, alors que maintenant, ils connaissent les qualités de l’aubrac : sa capacité d’adaptation, sa facilité de vêlage, sa rusticité, sa longévité, sa valorisation économique,... D’autant qu’elle correspond parfaitement à la logique du monde économique : un veau par vache et par an.”

Soixante-dix génisses pleines et un taureau ont pris la direction de la Lituanie. Depuis une dizaine d’années, les pays de l’Est repensent leur élevage et s’inspirent des territoires de la rac aubrac.
Soixante-dix génisses pleines et un taureau ont pris la direction de la Lituanie. Depuis une dizaine d’années, les pays de l’Est repensent leur élevage et s’inspirent des territoires de la rac aubrac. - © M. Varnieu

Clean sanitairement Les investisseurs lituaniens ont donc dans l’idée de passer en allaitant, augmenter leur cheptel de souche et démultiplier la vache. Pour les accompagner, la société Nolorgues assure “un service après-vente”, gage essentiel de la réussite de l’opération. “On transmet notre vécu, sur l’alimentation, le sevrage,... Deux mille vaches aubracs vivent en Lituanie depuis une dizaine d’années et s’ils en redemandent, c’est que nous répondons à leurs besoins.” Sanitairement parlant aussi : garantie de la gestation avec les échographies, IBR, paratuberculose, BVD, besnoitiose : “Il faut être plus que clean pour les envoyer là-bas”, dévoile l’épouse de Michel Bos. Cette démarche, soutenue par la coopérative Célia et le herd book, répond aussi à “une volonté des instances raciales d’essayer d’exporter notre génétique française, surtout en aubrac, reprend François Nolorgues. On en vend autant que sur la zone ; même s’il y a plus de contraintes sanitaires, ça fait partie de leur demande”. “Et puis ça fait travailler les labos, les vétérinaires, ce qui amène un plus localement”, poursuit Michel Bos. À la rentrée, c’est la race aubrac qui sera présente en Lituanie les 8 et 9 septembre, invitée sur un concours. De quoi confirmer la conviction de François Nolorgues : “L’avenir de l’élevage est à l’Est.”

(1) Les aubracs sont issues des élevages suivants : le Gaec Bos Maryline, à Lacapelle-Barrès, le Gaec Catays à Laguiole (12), le Gaec Bos père et fils à Cropières (Raulhac et Cézens) et l’exploitation de Gérard Lacroix, à Gourdièges.

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