L'Union du Cantal 15 juillet 2015 à 08h00 | Par P.Olivieri

“Il faut que les entreprises choisissent leur camp !”

Après Saint-Flour la semaine dernière, les producteurs sont venus dénoncer mercredi soir la passivité des entreprises devant les usines Lactalis et Sodiaal à Condat et Saint-Mamet.

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Depuis trois mois, chaque litre de lait qui sort de l’exploitation leur coûte plus qu’il n’est payé. Le ministère de l’Agriculture l’a reconnu il y a quelques jours en divulguant des indicateurs officiels : avec un prix du lait qui a plongé depuis janvier pour ne guère dépasser les 300 €/1 000 l et des coûts de production à près de 330 €, les producteurs français travaillent à perte. Un effet ciseaux qui se creuse davantage encore en zone de montagne où la production souffre de surcoûts évalués à 25 €/1 000 l. Et le mois de juillet, traditionnellement plus favorable, semble aussi mal parti. Alors, face à “des entreprises muettes, qui jouent au chat et à la souris avec la distribution en se renvoyant la balle, qui font le dos rond pour passer la crise en baissant le prix du lait à leurs producteurs, et qui ne donnent aucune perspective”, les éleveurs ont décidé mercredi soir de lancer un premier coup de semonce, un avertissement pour l’heure cordial via deux actions simultanées devant les entreprises Sodiaal de Saint-Mamet et Lactalis (Wälchli) de Condat.

“Finies les grand-messes !”

“Il faut que les entreprises choisissent leur camp ! Avec les cours actuels, dans nos régions, c’est impossible ! a lancé Michel Lacoste aux plus de 80 producteurs rassemblés devant la fromagerie LFO de Saint-Mamet. Aujourd’hui, il y a une vraie détresse chez les producteurs.” Des producteurs qui n’étaient pas là pour entendre une énième explication des représentants du groupe coopératif : “On n’est pas venu chercher la grand-messe !”, leur a signifié le vice-président de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait ), refusant que ces derniers prennent la parole devant les manifestants. “Il faut arrêter de discuter, de dire que c’est la faute à l’embargo...”, a abondé dans l’assistance un jeune agriculteur. Pour autant, les responsables syndicaux n’ont pas voulu masquer la complexité de la situation : “Il y a une problématique de prix, de répartition de la valeur ajoutée mais aussi de marché lié à la valorisation des produits industriels à l’international, a exposé Michel Lacoste. Le beurre et la poudre de lait se négociaient début 2014 à près de 400 €/tonne. Làon est descendu à moins de 250 €/t et on ne voit aucune amélioration.” Contrairement à 2014, la conjoncture internationale ne va donc pas tirer le prix du lait à la hausse. Aussi, comme la FNPL l’a revendiqué auprès des transformateurs et distributeurs rencontrés ces dernières semaines, “la solution passe par le marché intérieur. Un message écouté mais visiblement pas entendu de l’aval de la filière au point que du côté des producteurs, “on regrette presque d’avoir eu une attitude responsable”. “C’est malheureux, mais encore une fois, il va falloir frapper fort et se faire mal voir des consommateurs...”, a renchéri Jérôme Bonnet. Mercredi soir, les manifestants se sont contentés de taguer les entrées, camions, vitres de la fromagerie à renfort de “SOS” ou “on compte pour du beurre”. Plus inspirés, certains ont peint au sol quelques parallèles chiffrés : “Une clope = 35 cts€, un litre de lait = 29 cts€” ou encore “prix du lait 1980 = prix du lait 2015”.

Mercredi soir, ils étaient un peu plus de 80 producteurs de lait - dont de nombreux jeunes - à réclamer une revalorisation du prix du lait.
Mercredi soir, ils étaient un peu plus de 80 producteurs de lait - dont de nombreux jeunes - à réclamer une revalorisation du prix du lait. - © P.O.

Guerre d’usure

“Aujourd’hui, que ce soit en lait ou en viande, celui qui supporte tous les efforts, c’est le producteur, a résumé le secrétaire général de la FDSEA, Joël Piganiol. La colère doit s’exprimer. Plus personne ne respecte les producteurs et l’État n’a plus les moyens de faire respecter des engagements pris devant son ministre.” Alors, la consigne a été claire : mobilisation générale dans les jours et semaines à venir. “Il faut saisir toutes les opportunités. Il y a des camions qui circulent dans vos cantons. Bloquez-les, videz-les, taguez-les !” a exhorté Michel Lacoste, incitant à une guerre d’usure à l’encontre des transformateurs, tandis que les centrales syndicales annoncent de nouvelles actions, cette fois en direction des GMS. En attendant, la FNPL a saisi le gouvernement pour réclamer un plan d’urgence national (avec des prises en charge de cotisations MSA, des intérêts des emprunts, l’avance de remboursement de la TVA, des exonération de la taxe sur le foncier non bâti...), mais aussi des mesures de gestion de crise européennes.

 

 

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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