L'Union du Cantal 02 août 2017 à 08h00 | Par L. Pradal

Géraud Grange : de fromager à coutelier, il n’y a qu’un pas

Géraud Grange, propriétaire de la Fromagerie d’Aurillac et créateur du couteau “Salers”, vient d’ouvrir sa coutellerie au sein du village médiéval.

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Salers... Ce nom renvoie bien entendu au village, à la race bovine, au fromage qui en découle, à la liqueur, mais pensez-vous au couteau? Il existe pourtant bel et bien. Créé en 2013 par Géraud Grange, l’objet évoque de nombreux symboles : son allure révèle une extrémité dessinée selon la forme en lyre des cornes de la vache salers : sa lame, quant à elle, ressemble à une épée en référence à l’époque moyenâgeuse, où Salers était une cité médiévale. Sa composition est, elle aussi, significative. En effet, son manche est réalisé exclusivement en bois de corne de salers, signe de son originalité et de son caractère unique. L’idée de la création d’un couteau est venue à Géraud Grange lorsqu’il était à Laguiole où il avait, à l’époque, fait le parallèle avec la cité cantalienne en se disant : “Salers a plus d’atouts, il ne lui manque plus qu’un objet représentatif.” Le couteau était alors comme une évidence : par tradition, tout Auvergnat avait dans sa poche un couteau mais aussi mû par cette volonté de créer quelque chose auquel on pouvait s’identifier : “Au travers de la concurrence saine entre la race aubrac, salers et limousine, je pensais qu’on pouvait avoir un couteau qui soit vraiment emblématique et identitaire de toute la partie ouest du Cantal, bassin d’origine de la race acajou .” Le créateur avoue donc rêver, un peu secrètement, qu’un jour le “Salers” soit un objet incontournable, peut-être même un emblème, de ce bassin cantalien.

Grâce à l’acquisition de matériel, le couteau “Salers” est désormais assemblé dans la cité éponyme. Il faut, en moyenne, à Géraud Grange et son employé, Franck Paul, 1 h 30 pour monter un couteau. Chaque pièce est touchée entre 100 et 150 fois.
Grâce à l’acquisition de matériel, le couteau “Salers” est désormais assemblé dans la cité éponyme. Il faut, en moyenne, à Géraud Grange et son employé, Franck Paul, 1 h 30 pour monter un couteau. Chaque pièce est touchée entre 100 et 150 fois. - © L.P.

Aujourd’hui, l’aboutissement

Mais, plus de quatre ans après la naissance du couteau, il manquait à Géraud Grange une pièce au puzzle. Le “Salers” était fabriqué, depuis 2013, à Thiers, la capitale française du couteau. Or, la finalité et l’identité du projet, pour Géraud Grange, se trouvent dans la fabrication sur place, à Salers : “Quand c’est celui qui produit, qui vend, cela n’a plus rien à voir. On est aujourd’hui le premier coutelier de Salers à monter sur place. Les gens sont, de plus, ravis de voir l’atelier tourner”, commente-t-il. Ainsi, depuis juin dernier, Franck Paul a fait son apparition dans la marque. Ce jeune homme de 35 ans en reconversion professionnelle a suivi une formation sur plusieurs mois afin de devenir artisan coutelier. Après avoir été en immersion en entreprises à Laguiole ainsi qu’à Thiers, le nouveau maître coutelier vient tout juste de poser ses valises à Salers dans une ancienne forge, rue Notre-Dame. Ici, il procède au montage et au polissage de chaque pièce. La transformation du bois de corne en plaquette ainsi que la forme de la lame et du ressort sont, cependant, toujours, réalisés à Thiers dans une entreprise possédant le matériel nécessaire. Une arrivée qui sonne comme un passage de flambeau dans la bouche de Géraud Grange, pour qui la transmission est la base de “l’histoire et la culture des savoir-faire”. Lui est un “créatif” comme il se plaît à le dire : “Je suis content que quelqu’un s’approprie le montage de ce couteau. Le but, c’est aussi que d’autres personnes puissent vivre de ce projet.” Et, à en croire les évolutions prévues pour le “Salers”, Franck Paul ne devrait pas s’ennuyer : le couteau de table étant en finalisation, Géraud Grange réfléchit, déjà, à la création d’un couteau et d’une sonde à fromage. Un tire-bouchon pourrait aussi voir le jour alors qu’un travail sur l’esthétique est d’ores et déjà prévu avec, sans doute, l’ajout d’une mouche en forme de tête de vache salers.

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