L'Union du Cantal 08 juillet 2003 à 00h00 | Par Pascal Piganiol

Entretien avec Louis-François Fontant - Une actualité agricole brûlante

Sécheresse, réforme de la Pac, conflit Centre-lait/3A, visite du ministre de l´Agriculture : le président de la Chambre d´agriculture réagit sur les grands dossiers qui font l´actualité agricole en ce début d´été.

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- © Alexandre Galliez
"Cette sécheresse est une vraie calamité économique, qui plonge beaucoup d´agriculteurs dans la détresse", souligne Louis-François Fontant, en précisant que la Chambre d´agriculture suit la situation de près au sein de la cellule sécheresse et soutient les démarches syndicales visant à obtenir des aides au transport ou à la trésorerie. "Nos techniciens et ceux du Contrôle laitier sont à la disposition des éleveurs pour les aider à trouver des solutions techniques", rappelle-t-il. "Quand on est d´abord obligés de réfléchir aux manières de se sauver, il est clair qu´il est difficile d´avoir en même temps une réflexion sur les grands dossiers, qu´il s´agisse de la réforme de la Pac ou du dossier laitier", constate M. Fontant, avant de livrer son point de vue sur ces dossiers."La fin de la politique agricole commune"L´UAR - La Politique agricole commune vient d´être profondément réformée. Que faut-il en retenir ?L.-F. F. - Franz Fischler l´a dit lui-même, c´est le début d´une "nouvelle ère" pour l´agriculture. La nouvelle règle, c´est le découplage, autrement dit la fin de la politique agricole qu´on connaissait puisqu´on passe d´une aide à l´organisation des marchés à une aide au revenu basée sur l´historique de l´exploitation. De plus, chaque pays pourra adopter cette politique en fonction de ses spécificités ou productions dominantes, notamment au travers du découplage partiel, ce qui veut dire qu´il n´y aura plus de politique commune à l´échelle de l´Union européenne.L´UAR - Que pensez-vous de ce système de découplage ?L.-F. F - Le grand danger que j´y vois, c´est la difficulté qu´on aura à terme à légitimer ce genre d´aide au revenu auprès de la société. De plus, il présente l´inconvénient de ne pas rééquilibrer les aides : ceux qui recevaient beaucoup recevront beaucoup (les céréaliers en particulier), tandis que ceux qui recevaient peu continueront à recevoir peu. Rajoutons que le découplage partiel n´amène surtout pas la simplification qui devait être un avantage du nouveau système.L´UAR - Quelles peuvent être les conséquences d´une telle réforme dans le départe-ment ?L.-F. F. - Le découplage risque de conduire à un mouvement de restructuration des exploitations, dans la mesure où il signe la fin du principe des "droits gratuits". Certains vont en effet chercher à acquérir le maximum d´aides afin d´avoir la meilleure situation possible pour se mettre en situation de produire. Cela dit, on aura sauvé les meubles si on parvient à obtenir le recouplage de la PMTVA, ce sur quoi nous avons bon espoir. Par contre, si les quotas laitiers sont maintenus et prolongés, il faut bien voir que cette réforme va entraîner une baisse du prix du lait puisqu´elle annonce celle du prix du beurre et de la poudre de lait.Quoi qu´il en soit, ces évolutions nous amèneront probablement à réviser notre projet agricole départemental.Conflit Centre-Lait/3A : "Reconstruire"L´UAR - Que pensez-vous du nouveau bras de force qui oppose Centre-Lait à 3A ?L.-F. F. - Il faut tourner la page, nous attacher à reconstruire une organisation. Les usines sont indispensables et le conflit entre deux entreprises de droit privé ne doit pas pénaliser ou empêcher le fonctionnement de l´ensemble de la filière départementale. Certes, il est naturel que des producteurs se rassemblent pour défendre leur produit, pour en organiser la vente - c´est même ce qui fait la force du milieu agricole - mais la coopération, ça sert aussi à investir dans l´aval. Quand on s´y engage, c´est pour avoir une stratégie à long terme.L´UAR - Que faire alors pour sortir du conflit ?L.-F. F. - Aujourd´hui, il faut laisser fonctionner les outils et arriver à négocier avec 3A. Le volume que représente l´union de coopératives doit lui permettre de négocier un contrat dans de bonnes conditions. On ne comprendrait pas que ce ne soit pas possible. Il doit bien y avoir des deux côtés des gens capables de comprendre que 3A a besoin du lait et qu´inversément le GIE a besoin de vendre son lait et qu´il ne pourra le valoriser à moyen terme qu´à travers les outils de LFO. Il faut qu´il y ait une relation entre l´union de coopératives et 3A. Nous souhaitons à terme que des Cantaliens retrouvent une place et une représentation au sein de 3A.Lait montagne : de l´étude au projetL´UAR - Qu´attendez-vous de la visite du ministre de l´Agriculture ?L.-F. F. - De pouvoir lui expliquer et lui montrer les difficultés que connaît l´agriculture cantalienne, notamment la sécheresse, et la nécessité d´une politique de la montagne forte et renforcée. En plus des dossiers que plaidera le syndicalisme, nous rencontrerons Hervé Gaymard en formation interconsulaire sur le projet de zone franche rurale et le projet de lait montagne pour lequel nous avons rassemblé suffisamment d´éléments pour passer de l´étude au projet. Nous entendons concrétiser dans les jours qui viennent les avis favorables qu´ont exprimé des producteurs et opérateurs laitiers du département afin de constituer la société qui mènera ce projet à bien.Pour plus d´informations, consultez l´Union agricole et rurale du 5 juillet 2003.

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