L'Union du Cantal 17 mars 2010 à 14h37 | Par P. Olivieri

Développement éolien : une démarche territoriale exemplaire

Sollicités par les propositions alléchantes des développeurs éoliens, les composantes du pays d’Aurillac ont préféré conduire une réflexion collective.

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L'initiative est de celle qu'on voudrait voir fleurir à l'heure où la crédibilité des élus est en chute libre dans une société française plus prompte à lever les barricades devant tout projet hypothétiquement susceptible de modifier quelque peu son quotidien qu'à s'inscrire dans une démarche réellement constructive pour son territoire. Et en la matière, l'insularité supposée du caractère cantalien n'y a rien fait : le département vit lui aussi au rythme des réactions épidermiques soulevées ici par un projet de carrière, là par une future éolienne... La démarche entreprise à l'automne 2008 par l'Adepa (Association de développement du pays d'Aurillac) fait un peu figure d'exemple et de "road book" pour des élus confrontés à la multiplication des associations "anti". "La démarche est partie du fait que quasiment toutes les communautés de communes de la Châtaigneraie ont été plus ou moins démarchées par des développeurs éoliens parce que notre territoire est bien venté, avec un habitat dispersé...", expose Christian Montin, vice-président de la communauté de communes Cère et Rance en Châtaigneraie.

Développement raisonné

"Nous nous sommes dits qu'il valait mieux ne pas rester chacun dans notre coin face à une problématique relativement compliquée et, au contraire, mener une réflexion collective via l'élaboration d'un schéma territorial de développement de l'éolien sur le pays d'Aurillac et les territoires limitrophes du Lot". Une démarche collective qu'avaient d'ailleurs appelée de leurs vœux les représentants de l'État devant le risque d'implantations anarchiques de parcs éoliens sur le territoire cantalien. "L'objectif de cette étude, confiée au CPIE de Haute Auvergne, était double : d'abord constater, via une cartographie, les zones exclues de tout développement éolien en raison d'éléments objectifs et notamment réglementaires", poursuit le maire de Marcolès. Deuxième ambition : sur les secteurs potentiellement propices, recueillir l'avis du territoire : élus, associations, riverains... "Il s'agissait de définir les contraintes que le territoire voulait se donner pour à la fois permettre le développement de cette source d'énergie renouvelable et le maîtriser". Pas question ainsi de dresser une éolienne au sommet du Saint-Laurent à Saint-Mamet ou à proximité d'un site ou village particulièrement remarquable comme le précise la charte de recommandations établie à l'issue de cette large phase de concertation. Au final, même si le schéma n'est en rien un document opposable, il constitue une sorte de guide de bonnes pratiques à l'intention des collectivités du pays d'Aurillac. "On a aussi souhaité que le comité de pilotage, qui a guidé cet énorme travail, continue à suivre ce qui va se faire sur l'éolien sur notre territoire", précise Christian Montin. Déjà, une ZDE (zone de développement de l'éolien) est en phase d'étude du côté de Saint-Saury et Souseyrac...

 

La réflexion de l’Adepa a conduit à l’élaboration d’un schéma territorial de l’éolien.
La réflexion de l’Adepa a conduit à l’élaboration d’un schéma territorial de l’éolien. - © DR

Un choix territorial
"En tant que bureau d'étude, on a le sentiment qu'on s'y est pris de la bonne manière", réagit Aline Cherpeau, en charge du dossier au CPIE. "Ce qui me semble le plus intéressant dans cette démarche, c'est qu'elle a suscité une vraie réflexion sur le devenir de nos territoires autour d'une question : est-ce qu'on veut se préserver de tout ou accepter de dire que, même si nos paysages sont beaux, on peut faire entrer notre territoire dans le modernisme, l'économie, en contribuant à créer une énergie dont on s'aperçoit qu'elle est quand même sans doute indispensable", relève C. Montin, qui salue le professionnalisme et l'engagement du CPIE, tout comme l'adhésion de la grande majorité des communautés de communes. "Ce qui est aussi positif, c'est que le document, remis à l'automne par le CPIE, a été présenté à chacun des conseils communautaires pour validation. Au sein de Cère et Rance, cela a suscité deux heures de débats intenses avec les inconditionnels du pour et ceux du contre, et ceux qui considèrent qu'il ne faut pas rejeter aveuglément ni tout accepter béatement", témoigne l'élu de l'association du pays aurillacois. Mieux, la méthode a été transposée à deux autres volets de l'action de l'Adepa : celui de la culture avec un comité culturel du pays d'Aurillac très actif et celui de la santé avec le lancement d'une réflexion sur l'offre de soins. Elle pourrait également inspirer d'autres territoires confrontés eux aussi à d'aussi délicats enjeux.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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