L'Union du Cantal 12 juillet 2017 à 08h00 | Par P.Olivieri

Changer le regard porté sur le Cantal : “C’est ce qui a le plus guidé mon action”

Depuis le 3juillet, le député est redevenu “simple” conseiller départemental. Le 17juillet, le nom de son successeur sera connu et l’heure de tourner la page de 16années aussi.

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Vous laissez la présidence du Conseil départemental après 16 ans avec le sentiment du devoir accompli ? Vincent Descœur, député et conseiller départemental :

“Je ne crains pas de dire qu’on a atteint un certain nombre d’objectifs que je m’étais fixés. Je voulais d’abord revisiter le fonctionnement de l’Assemblée départementale et la perception que pouvaient en avoir les Cantaliens à travers deux orientations fortes dont une est restée une obsession : changer le regard porté sur le Cantal tant par les Cantaliens qu’à l’extérieur. Avec le temps, je me dis que c’est sûrement ce qui a le plus guidé mon action et dicté mon comportement. À la fin des années 2000, le département souffrait au mieux d’un déficit de notoriété, ou se voyait accoler une image très éloignée de la réalité. J’avais pour ma part la conviction qu’en alliant la modernité à l’authenticité, on pouvait enfin occuper une place plus importante même s’il faudra encore un peu de temps. Ça me semblait le passage obligé pour que les atouts du Cantal puissent enfin être valorisés et appréciés en tant que tel. Environnement, qualité de vie pour les familles, qualité des produits, de l’éducation, grands espaces... ces valeurs qu’on avançait au début des années 2000, qui nous ont alors valu une sorte de défiance, sont aujourd’hui devenues des solutions prisées à l’heure de la métropolisation. Le moment où on va être reconnu pour toutes ces spécificités s’approche, j’en suis convaincu.”

Votre stratégie de communication avec des opérations associant des VIP(1) n’a pas fait l’unanimité durant ces mandats... On a parlé de “peopolisation” inefficace.

V. D. : “Ça a été avant tout un sujet politique. Je me rappelle qu’avant 2001, on vivait mal les initiatives d’autres départements, dont l’Aveyron, la Mayenne. On savait aussi qu’avec nos moyens modestes, on ne pouvait se payer des campagnes de communication onéreuses. Les Étoiles du sport ont été raillées par certains, toujours par opportunisme politique, alors que leur rapport qualité/prix est très largement à l’avantage du département. En six ans, ce sont plus de 200 sportifs confirmés qui ont été subjugués par le Cantal et l’accueil d’un territoire dont ils ne soupçonnaient même pas l’existence. Des cham-pions qui ont accepté de réaliser des spots pour le Cantal sans défraiement. (...) Le point d’orgue de notre stratégie a été la Marque rouge, une vraie grande fierté, très vite déclinée. Ça a été un déclic : le moment où on a décrété que le Cantal pouvait se débarrasser de ce complexe d’infériorité, avec des gens comme Jean Todt, Thierry Lhermitte, Serge Vieira, qui ont montré qu’on pouvait faire le choix du Cantal naturellement. J’ai eu la chance d’avoir un directeur de cabinet particulièrement efficace sur ce plan-là qui a su constituer un réseau à Paris. C’est quelque chose qui ne se fait pas tout seul et en même temps qui ne s’achète pas.”

Quel bilan dressez-vous de l’action départementale pour améliorer le quotidien des Cantaliens ?

V. D. : “Nous avons fait porter nos efforts en faveur d’une collectivité de services. Il y aura bien sûr toujours des esprits chagrins pour dire qu’on aurait pu faire plus, mieux, plus vite... Mais les effets de notre action sont visibles : je parlerais des transports avec vraiment un souci de cousu main jusqu’à proposer du transport individuel pour les jeunes en situation de handicap en parallèle des lignes régulières à tarifs très accessibles. Aujourd’hui, la traduction de notre collectivité de proximité, dans un département pourtant peu porté sur les transports collectifs, c’est qu’on est au niveau de ce que peuvent faire des villes franciliennes. Il y a eu aussi une priorité affichée en direction de la jeunesse avec tout ce qui a été fait autour du sport, du Pass Cantal, du Cantal tour sport, de l’aide au permis de conduire...”

Reste le serpent de mer de la RN 122, même si elle n’est pas du ressort du Département...

V. D. : “C’est le sujet sur lequel on est maltraité alors que c’est un dû. Si déjà l’État garantissait sa signature dans les délais, on serait à travailler à d’autres opérations que le contournement d’Aurillac. Aujourd’hui, il faut qu’on arrête de nous amuser. On ne demande pas à être désenclavés dans quatre ans mais qu’on nous amène des réponses concrètes à des sujets qui vont être demain - et sont déjà - de vrais sujets de sécurité : Vic, Polminhac, le raccordement de Figeac. Ça fait 30 ans qu’on n’a pas fait d’études géométriques au pied du château de Pesteils. Si la volonté affichée du chef de l’État de se concentrer sur la modernisation des infrastructures plutôt que d’en créer de nouvelles se traduit dans les faits, ce peut être un élément de réponse. Au-delà, pour ce qui est des infrastructures routières, on n’a pas à rougir de notre réseau départemental sans compter les deux grosses opérations récentes (NDLR : RD 120 et contournement de Saint-Flour à venir). Il reste bien sûr des choses à faire, j’en suis conscient.” Le déploiement du numérique a été une autre priorité... V. D. : “On a fait du Macron il y a 15 ans, en faisant preuve d’un esprit d’ouverture avec la Région alors présidée par René Souchon, et ce dans l’intérêt du département. Ce qui s’est fait sur les infrastructures (haut et très haut débit) est ce dont je suis le plus satisfait. Là aussi, on a pu s’appuyer en interne sur des compétences de jeunes chefs de services, cadres, techniciens, qui nous ont permis d’être au rendez-vous et même à l’avant-garde avec notre réseau de télécentres, l’un des tout premiers qui a su parfaitement s’adapter ; avec Ruralitic, “le” rendez-vous du numérique en milieu rural ; avec le numérique éducatif ; les expériences d’e-médecine qui sont reconnues au niveau national...”

Redorer l’image du Cantal et accroître sa notoriété en redonnant de la fierté aux Cantaliens : un leitmotiv du président Descœur via la marque rouge Cantal Auvergne.
Redorer l’image du Cantal et accroître sa notoriété en redonnant de la fierté aux Cantaliens : un leitmotiv du président Descœur via la marque rouge Cantal Auvergne. - © P.O.

Des regrets au moment de tourner la page ?

V. D. : “J’ai essayé de renforcer les relations aux territoires, et ce en m’affranchissant de tout critère politique. Et si j’ai un regret, c’est de constater que ceux qui se disent les plus progressistes sont les moins prompts à reconnaître ces partenariats, contrairement à la Caba avec laquelle on a construit en dix ans une vraie relation partenariale. Sur le plan du département, je n’ai pas spécialement de regrets mais des sujets de contrariétés, comme la perte des capacités d’intervention des Départements. Au début des années 2000, on pouvait encore soulever des montagnes, mettre en place des politiques... maintenant, on consacre plus d’énergie à la gestion qu’à l’action, la créativité, l’innovation. La métropolisation a atteint les esprits mais je ne lâcherai pas sur ces questions et sur la nécessaire existence de collectivités comme la nôtre entre deux métropoles. J’ai aussi particulièrement mal vécu la relation avec des administrations centrales et parfois régionales qui, de toute évidence, nous ont accordé parfois un peu d’écoute, mais sans nous entendre. J’en veux pour preuve les difficultés pour diversifier l’offre d’enseignement supérieur à l’IUT, le manque de considération également du ministère de l’Équipement, des entreprises nationales, au premier rang desquelles la SNCF qui se fout de nous ! Ce ne sont pas des regrets mais l’envie que ça change.” Avez-vous choisi votre successeur ? V. D. : “Il y a un candidat que je présenterai le 17 juillet mais qui a été désigné avec mes collègues du groupe DCI parmi ceux qui postulaient. Sachant qu’on n’est pas dans le renouvellement d’une assemblée au lendemain d’une échéance électorale mais dans le remplacement de personnes (NDLR : Vincent Descœur, Jean-Yves Bony) qui deviennent empêchés ou démissionnaires (Bernard Delcros de sa vice-présidence).”

(1) Personnalités

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