L'Union du Cantal 06 août 2007 à 00h00 | Par P.Piganiol

C’est le moment d’engager les premières adaptations

Il y a des décisions stratégiques à prendre dès maintenant dans les exploitations pour les producteurs de lait qui envisagent de s’engager dans la démarche AOC cantal.

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“Actuellement, les agriculteurs récoltent leurs céréales et vont ressemer derrière. C’est le moment pour eux de réfléchir à leur assolement de l’an prochain s’ils envisagent d’intégrer la démarche AOC cantal”, explique Michel Lacoste, président du Comité interprofessionnel des fromages (Cif). Car des adaptations des pratiques culturales seront souvent nécessaires pour intégrer le nouveau cahier des charges. “Il faudra dans certains cas renforcer l’autonomie fourragère de l’exploitation, diminuer le cas échéant la part du maïs dans la ration, modifier les pratiques de pâturage, revoir sa stratégie d’apport de concentrés, voire même réduire son chargement à l’hectare”, énumère Philippe Riol, technicien au Contrôle laitier. “Sans perdre de vue qu’il sera parfois nécessaire d’adapter la conduite du troupeau, notamment pour augmenter la part de renouvellement, et de repenser la capacité des bâtiments”, ajoute-t-il.
David Aymar estime “ne pas être trop loin du compte” pour intégrer le nouveau cahier des charges de l’AOC cantal.
David Aymar estime “ne pas être trop loin du compte” pour intégrer le nouveau cahier des charges de l’AOC cantal. - © P.P.
Ils ont abandonné la culture du maïs

David Aymar fait partie des éleveurs a priori intéressés par l’AOC. Installé depuis 2000, il conduit en Gaec avec ses parents, Fernand et Marie, une exploitation de 67 hectares à Galès de Mourjou, dans le sud de la Châtaigneraie. Avec un cheptel de 35 vaches laitières prim’holstein et brune pour un quota de 230 000 litres de lait, et une vingtaine de vaches allaitantes salers dont six éligibles à la PMTVA (Prime au maintien du troupeau de vaches allaitantes). Sans le savoir à l’époque, le Gaec a anticipé sur le nouveau cahier des charges de l’AOC en modifiant ses pratiques culturales. “Si bien qu’aujourd’hui, on est pas loin du compte”, estiment-ils, en expliquant qu’ils ont fait le choix en 2003 de ne plus faire d’ensilage de maïs, auquel ils consacraient alors cinq hectares. “Du fait de la sécheresse, on a fait une récolte catastrophique. Pour combler le manque de stock, plutôt que d’acheter du maïs ensilage, on s’est tourné vers un aliment granulé dont on a étudié la formule avec notre fournisseur”, raconte David. “L’essai a été concluant. La production par vache a augmenté, même si les taux ont un peu baissé, et l’état de forme de nos animaux s’est amélioré”, dit-il, tandis que son père avoue n’être pas fâché d’en avoir fini avec une production contraignante sur le plan du travail et coûteuse, “d’autant plus les années où on récolte trois fois rien !”, complète Marie Aymar. Le découplage des aides céréales a fini de les convaincre. L’abandon du maïs s’est doublé d’une modification des variétés utilisées dans les prairies et des pratiques d’amendement. Aujourd’hui, avec un système foin, pâture, ensilage d’herbe, enrubannage, aliment complémentaire, le Gaec constate que le coût de sa ration globale a baissé, passant selon son fournisseur de 0,10 à 0,07 euros par litre de lait produit entre 2002 et 2006.
La matière sèche pose problème

Si le maïs n’est pas interdit dans le nouveau cahier des charges, sa part dans la ration globale devra d’emblée être limitée à 50 %, puis à 30 % au 31 décembre 2009. Plus de problème à ce niveau donc chez le Gaec Aymar qui, pour le reste, a réalisé un audit de ses pratiques avec son contrôleur laitier, Virginie Saintemarie. Rien à dire sur le chargement (il faudra 1 ha de SAU par vache au 31/12/2009), ni sur la durée de pâturage (120 jours minimum). Pas plus que sur les obligations concernant la tenue du cahier de pâturage, du plan d’alimentation, ou la réalisation d’analyses de fourrages : le Gaec le fait déjà. Le cahier des charges stipule d’autre part que les introductions d’animaux venant de l’extérieur de la zone de l’AOC seront interdites à partir de janvier 2009, et qu’il ne devra plus y avoir dans les cheptels de vaches nées hors zone à compter de 2015. Pas de problème là non plus pour le Gaec Aymar, qui assure son renouvellement. Quelques adaptations mineures devront toutefois être réalisées : il faudra augmenter la ration de foin en diminuant le pâturage, ou réduire de 200 kg la part de concentré par vache (elle est limitée à 1 800 kg) en faisant évoluer sa formule. Ce qui inquiète plus David Aymar, c’est le taux de matière sèche minimum imposé pour l’ensilage d’herbe : 25 %, alors que le sien est à 20 % cette année, à cause des mauvaises conditions météorologiques. “Ca veut dire que, lorsqu’on aura une année pluvieuse comme en 2007, on nous exclura de l’AOC ?”, s’interroge-t-il. “Non, répond Michel Lacoste. C’est en fait le plan de contrôle, qui est en cours d’élaboration, qui définira les modalités d’application du décret. Pour caricaturer, il identifiera des écarts éliminatoires, et pourra prévoir pour d’autres une période de mise en conformité. Il tiendra compte aussi des situations climatiques exceptionnelles”.

Pour quel prix ?

Bref, l’adhésion à la démarche AOC cantal ne devrait pas être trop compliquée ni trop coûteuse pour le Gaec Aymar. Sauf qu’il sait que l’actuelle “prime AOC” de 5 centimes de francs par litre de lait versée par le GIE de la Châtaigneraie, auquel il livre son lait, va disparaî-tre lorsque la nouvelle AOC sera en place (le GIE vend le lait à 3A-LFO). “Il faudra évidemment que la démarche cantal permette de capter une plus-value au moins égale à cette prime, et supérieure à moyen terme. Sinon, c’est même pas la peine de rentrer dans une AOC”, commente David Aymar.

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