L'Union du Cantal 21 septembre 2016 à 08h00 | Par P.Olivieri

Benjamin Casselles, le saint-bernard de la Protection civile

Benjamin a intégré à 16ans l’antenne aurillacoise de la Protection civile qu’il préside depuis dix ans, se vouant corps et âme à cet engagement bénévole devenu un vrai sacerdoce.

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Impossible de passer à côté de Benjamin Casselles : au-delà de sa carrure imposante, il est sur tous les terrains, acteur “hors champ” de bon nombre de manifestations, qu’elles soient sportives, culturelles, festives... de l’arrondissement d’Aurillac et au-delà. Au bord de la pelouse de Jean-Alric, à Baradel, sur le circuit de Bel-Air à Saint-Mamet, au milieu des festivaliers du théâtre de rue, sur la route du Tour de France, ou, plus calme et bucolique, dans le bourg de Pailhe-rols : dans son uniforme bleu indigo et orange, Benjamin se départit rarement de son large sourire et de son humour indéfectible. Fidèle au poste depuis ses 16 ans, il consacre chacun de ses jours de congés et une grande partie de ses week-end à sa mission d’équipier secouriste de la Protection civile. “Certains ont pour passion le modélisme ou le sport, moi c’est le secours aux personnes”, lance, les yeux toujours rieurs, celui qui préside depuis une décennie déjà l’antenne aurillacoise(1) de l’association. Une passion dévorante qu’il n’est pour l’heure pas prêt de lâcher et à laquelle il sacrifie pas mal d’heures de sommeil et de repos. “On fatigue un peu parfois, mon entourage m’incite à lever le pied, mais je me dis qu’à 27 ans, je suis jeune, que j’en ferai moins quand j’aurai une famille, des enfants...”, s’amuse ce fils de gendarme, qui, comme tous les gosses, rêvait de devenir pompier.

Il assure bien des quarts...

Un rêve qui s’est refusé à lui, malgré ses classes aux JSP (jeunes sapeurs-pompiers) de Vic-sur-Cère. “Dans le cadre des JSP, j’avais entendu parler des association agréées de sécurité civile, dont la Protection civile, raconte Benjamin. Un jour, le 26 décembre 2005, à 16 ans, je suis allé taper à la porte de l’antenne d’Aurillac...” pour ne plus la quitter. Parallèlement à un CAP boulangerie, suivi d’un BEP sanitaire et social, il fait ses premiers pas comme stagiaire sur des postes de secours et très rapidement s’épanouit dans cette mission. Également titulaire d’un diplôme d’État ambulancier, Benjamin enchaîne les jobs : “J’ai fait du ménage dans une maison de retraite, j’ai été salarié à la Protection civile pour délivrer des formations, j’ai aussi travaillé avec des personnes handicapées, avant d’être recruté comme ambulancier par une entreprise privée.” Un poste à 35 heures qu’il parvient à conjuguer avec son engagement bénévole synonyme l’an dernier de 80 postes assurés sur les 132 que l’antenne aurillacoise a couverts. “C’est l’une de nos trois missions - avec les formations et le volet humanitaire - mais c’est celle qui nous occupe le plus et qui permet de nous financer”, précise Benjamin Casselles. L’association s’autofinance ainsi à 90 % avec les prestations des postes de secours conventionnés avec les organisateurs de manifestations (le reste provient de subventions des collectivités). Des fonds nécessaires pour permettre à l’antenne, dont les 30 membres sont 100 % bénévoles, de fonctionner et s’équiper en conséquence. Cette dernière est aujourd’hui dotée de deux ambulances (VPS), d’un véhicule léger, d’un quad, d’une tente, d’un plan dur et d’un matelas coque pour prendre en charge les victimes, du nécessaire de réanimation (défibrillateur, oxygène...), et, depuis le festival Éclat, de kits attentats. Sachant que les secouristes ne sont pas habilités à délivrer de médicaments ni à pratiquer d’actes infirmiers. Pour autant, l’essentiel des interventions de Benjamin et de ses collègues porte sur de la “bobologie”, des petites plaies, écorchures, etc. Exceptionnellement, il s’agit d’urgences vitales, comme un arrêt cardiaque qu’a eu à gérer le jeune homme, aguerri aux situations traumatiques : fractures ouvertes... Lui ne redoute qu’une chose : “Un accouchement inopiné !” Son remède pour braver la monotonie et les heures de perma-nence ? “Beaucoup d’humour ! répond du tac au tac le président. De la patience aussi, et puis au sein d’un poste de secours on se taquine,...” Sans perdre en concentration quand il s’agit d’intervenir. “Pour être secouriste, il faut avoir un bon caractère, rester humble, patient, respecter le chef de poste, il faut aussi dédramatiser auprès des victimes”, expose cet altruiste qui se félicite de pouvoir compter sur des bénévoles dont la moyenne d’âge n’excède pas les 35-40 ans et où la parité est plus que respectée. Certains sont là depuis quatre décennies, comme la doyenne Gisèle Feugère, à qui l’on doit la création de la Protection civile dans le Cantal. L’une des plus dynamiques en France et la première association de sécurité civile à avoir obtenu le droit d’évacuer les victimes sur le centre hospitalier dans le cadre d’une convention tripartite avec les pompiers et le Samu.

Président de la Protection civile d’Aurillac, Benjamin Casselles s’investit sans compter pour mener à bien les missions de l’antenne.
Président de la Protection civile d’Aurillac, Benjamin Casselles s’investit sans compter pour mener à bien les missions de l’antenne. - © P.O.

L’humour comme rempart

Cette reconnaissance, les victimes prises en charge la lui renvoient aussi comme ce jeune garçon secouru l’an dernier à la Saint-Urbain après un malaise et qui a offert à chacun des bénévoles du poste un petit couteau. Parfois, au contraire, les choses peuvent déraper et les secouristes être pris à parti : ce fut le cas rue des Carmes vendredi 29 août lors des violences perpétrées par des casseurs. “Pour eux, uniforme égale État, on a commencé à être accroché, j’ai donc pris la décision de fermer le poste de secours.” Des situations qui restent heureusement exceptionnelles mais qui peuvent laisser des marques. Benjamin reconnaît ainsi avoir eu “un coup au moral” après avoir été menacé de mort lors de la fan zone mise en place pour la finale de l’Euro. Mais très vite, son naturel hyperactif et son âme de saint-bernard ont repris le dessus, avec toujours à l’esprit l’ambition, un jour, d’intégrer l’équipe des ambulanciers du Samu : “L’urgence, c’est ce qui m’attire...”, confie le jeune homme. En attendant, il compte bien transmettre sa passion à des recrues : “Toute personne qui veut nous rejoindre est la bienvenue pour faire du secourisme ou non : on peut très bien œuvrer comme logisticien administratif et technique, pour conduire des véhicules, s’occuper de la logistique...” Des recrues plus que bienvenues pour renforcer l’antenne et permettre peut-être à Benjamin de souffler un peu.

(1) Qui intervient jusqu’à Saint-Mamet, le Puy Mary, Le Lioran, Jussac. Ponctuellement, elle vient en renfort au festival des Vieilles Charrues ou à la féria de Bayonne.

 

 

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