L'Union du Cantal 25 juillet 2018 à 10h00 | Par P.Olivieri

Bâtiment : le soufflet de 2017retombe

Alors que l’année 2017a été synonyme de relance pour les entreprises cantaliennes du bâtiment, le premier semestre 2018porte peu à l’optimisme.En cause : la fin des PTZ et du CITE.

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C’ est un peu comme si l’on retirait les derniers barreaux des échafaudages dressés comme les symboles d’une reprise enfin au rendez-vous après plusieurs années de crise sévère pour le secteur du bâtiment. Car si l’année 2017 a marqué la relance de l’activité pour les entreprises cantaliennes, le président de la FFB 15, Jean-Michel Verdier, qui tenait vendredi son assemblée générale à Aurillac, ne cache pas que le premier semestre 2018 a été marqué par un tassement. Une inversion de tendance que la Fédération française du bâtiment explique moins par le ralentissement de la croissance et un pouvoir d’achat affecté que par “la dégradation de l’environnement institutionnel”, traduisez les mesures gouvernementales qui ont mis fin aux PTZ (prêts à taux zéro) dans les territoires n’affichant pas de tension en matière de logement. Le Cantal fait partie de la liste.

Coup d’arrêt gouvernemental

Et la suppression du crédit d’impôt transition énergétique (CITE) pour les portes et fenêtres au 30 juin dernier fait craindre un nouveau coup d’arrêt à la dynamisation du secteur de la rénovation permise par cette disposition fiscale. “Au-delà de la baisse d’activité, ce qu’on craint, c’est la perte d’emplois alors qu’on était revenu à des statistiques positives en la matière. On avait de bons espoirs en 2017, là il faut être prudent pour 2018”, regrette Jean-Michel Verdier. Fin 2017, la note de conjoncture du Cerc(1) Auvergne-Rhône-Alpes affichait ainsi pour le Cantal des effectifs salariés en hausse de 2,3 % sur un an dans la construction (3 592 salariés), un fort rebond de l’intérim dans le bâtiment (+ 24,2 %, 83 ETP) et les travaux publics (+ 12,2 %, 115 ETP). S’agissant des mises en chantiers de logements, fin avril, le Cantal accusait un retard de 7,1 % (522 logements cumulés sur douze mois) alors que la dynamique régionale s’avérait soutenue (+ 3,5 %). L’effet de l’éco-PTZ s’est fait sentir sur 2017 avec 2,25 M€ de travaux (+ 8,1 %) tandis que les surfaces de locaux mis en chantier dans le non résidentiel étaient en progression de 7,2 % fin avril 2018 (177 millions de m2 sur un an) ; mais là encore, la tendance était moins bien orientée qu’à l’échelle de la grande région (+ 27,8 %). Et comme pour les logements, les perspectives dressées par le Cerc fin avril étaient peu optimistes avec des surfaces de locaux autorisés en repli de 6,4 %. Le nombre d’entreprises du bâtiment (TPE et PME) est lui resté relativement stable, avec 1 235 unités recensées. Mais la FFB 15 souligne néanmoins qu’en sept ans, le secteur a perdu 540 emplois. “On ne sait pas ce que ces gens sont devenus alors qu’aujourd’hui, les entreprises sont en manque de personnel et se tournent vers de la main d’œuvre étrangère ou éventuellement du dumping entre entreprises. Certaines renoncent même à des appels d’offre”, relève le patron de la FFB, tout en soulignant que “la valeur des entreprises du bâtiment, ce ne sont pas nos camionnettes, ni les grues, ce sont les hommes”.

Cinq cent vingt-deux logements ont été mis en chantier entre avril 2017et avril 2018, soit un recul de 7,1%.
Cinq cent vingt-deux logements ont été mis en chantier entre avril 2017et avril 2018, soit un recul de 7,1%. - © Fotolia

Flambée des matières premières

Une main d’œuvre qui devra encore attendre pour voir son travail revalorisé. Faute de marges suffisantes, et du fait de trésoreries mises à mal par des années de crise, les entreprises restent au régime de rigueur et diffèrent le renouvellement de l’outil de production. D’autant qu’elles sont prises dans un effet ciseau entre l’inflation du prix des matières premières (+ 14 % en un an), pétrole et acier en tête, et le prix des chantiers. “Ce qu’on attend, plaide Jean-Michel Verdier, c’est une revalorisation des prix pour pouvoir à nouveau investir et mieux payer nos salariés. C’est ensuite de l’activité et une volonté politique pour que la commande publique prenne le relais de la commande privée aujourd’hui au ralenti.” À cet égard, il se félicite de l’action du ministre Mézard et de l’opération Cœur de ville qui devrait apporter, selon lui, plus que les 5 millions d’euros de travaux (sur cinq ans) projetés. Avec quelques motifs de satisfaction dans les annonces faites par Bruno Le Maire lors du congrès national de la FFB en juin : le relèvement de 5 % à 20 % des avances sur les marchés de travaux passés par l’État et la fin des ordres de service à 0 € dans les marchés publics. Cette pratique consistait, sur un chantier en cours, à exiger la réalisation de travaux supplémentaires non payés. “On espère que la prime Hulot de 2019 sera aussi attractive que le CITE et qu’elle inclura les fenêtres”, ajoute le chef d’entreprise qui, fidèle à son franc-parler, n’épargne pas les élus : “Il y a des collectivités qui travaillent, qui fourmillent d’idées, de projets, qui trouvent les financements (et de citer Cère et Goul, la Châtaigneraie cantalienne, la Caba, Saint-Flour communauté, NDLR) et les autres qui ne foutent rien, n’ont pas d’idées...”

(1) Observatoire régional de la filière construction.

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